M. Macron, un peu d’ambition collective !

J’ai rédigé un édito pour l’hebdomadaire Challenges « M. Macron, un peu d’ambition collective ! » . Vous pouvez le lire ci-dessous et lire les articles de Challenges en cliquant ici.

Née du sentiment de déclassement d’une partie croissante de la population, la crise des Gilets jaunes porte des revendications fortes de réduction des inégalités, à travers la double aspiration à une revalorisation des revenus modestes et une contribution accrue des plus riches. Cette dernière exigence – faire payer les riches – est d’autant plus partagée que la faute originelle d’E. Macron restera d’avoir supprimé d’emblée l’ISF alors que la baisse de la CSG pour les actifs était étalée dans le temps. Mais si l’image d’un « président des très riches » révolte, c’est aussi parce que les 1% les plus fortunés semblent désormais appartenir à un autre monde, fait d’ostentation et de mépris social, en appelant à des efforts d’autant plus insupportables qu’ils n’en mesurent pas la portée concrète. Pour des raisons politiques autant que symboliques, on voit donc mal comment le Gouvernement pourrait sortir du Grand débat en esquivant cette demande. La suppression de l’ISF a été une erreur politique, son rétablissement serait un signe fort, mais il est peu probable : la création d’une nouvelle tranche d’imposition pour les très hauts revenus serait une option significative.

Mais, au-delà de la symbolique, nécessaire, d’une mesure concernant les ultras riches faut-il que la fiscalité des plus aisés soit l’alpha et l’oméga de la sortie du Grand Débat ? On peut en douter pour au moins trois raisons. La première est que les prélèvements sont déjà en France un moyen puissant de réduction des inégalités puisque l’écart de niveau de vie entre les 20% les plus riches et les 20% les plus pauvres diminue de moitié grâce à eux 1 , ce qui signifie que ce sont les inégalités avant prélèvements auxquelles il faut s’attaquer prioritairement (par l’éducation, la formation professionnelle et la revalorisation des bas revenus). La deuxième raison est que c’est précisément l’accumulation de mesures fiscales qui fait perdre le sens de l’impôt, alors que notre système fiscal a aujourd’hui besoin de cohérence : la valse hésitation autour de la CSG ou de la taxe d’habitation le montre, plus personne n’y comprend rien.

La troisième raison, essentielle à mes yeux, est qu’une contribution supplémentaire des plus riches n’a de sens économique que si elle vise, au-delà des 1% les plus riches, les 20 % (ou 30 %) des plus aisés, soit ceux dont le revenu après impôts et prestations sociales est supérieur à environ 3000 € pour une personne seule 2 . Or tout ce qui oppose les plus modestes aux classes moyennes vient miner un peu plus un pacte national déjà fragilisé par la montée des individualismes et l’ambiguïté du Gouvernement actuel qui semble vouloir limiter aux plus modestes les bénéfices de notre modèle social, financé par les classes moyennes. A trop vouloir charger leur barque, on risque de les voir prendre le large, en estimant qu’elles payent plus pour recevoir moins, céder aux sirènes de l’assurance ou de la scolarité privée, abandonnant à leur sort non les plus pauvres, pour lesquelles l’Etat maintiendra un filet de sécurité, mais les catégories moyennes modestes qui seront alors livrées à elles-mêmes.

La juxtaposition des égoïsmes ne crée pas de sentiment d’appartenance, à la solitude sociale des plus modestes fait écho l’indifférence égoïste des plus fortunés. A trop invoquer l’émancipation individuelle, le Gouvernement semble faire l’impasse sur toute ambition collective. Or c’est bien cela qui a allumé l’incendie de la contestation : le sentiment que l’horizon du progrès commun s’est évanoui, que les perspectives d’ascension sociale sont
devenues illusoires, que la débrouillardise et le système D sont de plus sûrs alliés que la
solidarité. Si E. Macron ne veut pas que le débat fiscal parasite toute la seconde partie de son mandat, il lui appartient de redonner confiance dans un projet partagé, qui rassemble et bénéficie à tous


1 Anne Brunner et Louis Maurin : « Revenus, patrimoine,pauvreté, Observatoire des inégalités, 16 janvier 2018
2 Insee, données 2016

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